André Hermet : “La course d’orientation à VTT : Une autre façon de se faire mal physiquement.”

À l’école, c’est très souvent un sport pratiqué (et redouté). Mais dans quelques jours, la crème des orienteurs mondiaux vont s’affronter lors des championnats du monde séniors et juniors de course d’orientation en VTT, en Autriche. Un sport peut-être un peu sous estimé, où la réflexion, la vitesse et la peur entrent en jeu. Si cette discipline reste dans l’ombre de la classique course d’orientation à pied, elle n’a pas à rougir niveau résultats et ambitions. Entretien avec André Hermet, entraîneur de l’équipe de France.

Comment pratique-t-on la course d’orientation en compétition ?

La course d’orientation, c’est tout d’abord l’utilisation d’une carte, qui est spécifique. On pratique la course en milieu forestier ou urbain, donc en ville.

Le but est de faire le parcours le plus rapidement possible, sachant que le parcours est connu au dernier moment. Le concurrent part seul, contre la montre, et fait son choix d’itinéraire pour atteindre l’arrivée par rapport aux points de passage obligatoire.

Comment se présente le format Championnat du monde en VTT ?

Il y a 5 formats : Sprint, moyenne distance, longue distance, la mass start et le relais.

  • La longue distance est préparée pour que le meilleur termine en 2 heures environ.
  • La moyenne distance se base sur 1 heure.
  • Le sprint va lui durer 25 minutes

Il faut savoir que le tracé n’est pas du tout le même si on va en Autriche, où c’est très vallonné, ou si on va aux Pays-Bas, qui est un pays plat. Le kilométrage va donc changer selon le pays.

Pour l’Autriche, ce sera environ 37km pour la longue distance par exemple, avec 700 mètres de dénivelé et des points de passage espacés de 1 à 4 kilomètres. La grande difficulté, c’est le choix de l’itinéraire par rapport au relief. Est-ce que le chemin va être compliqué ? Est-ce que ça va rouler facilement ? Tout dépend du profil de l’orienteur, s’il est bon grimpeur ou non.

Exemple d’une carte de compétition pour une course d’orientation à pied

Comment on apprend cette réactivité au moment de la découverte de la carte, pour choisir le meilleur itinéraire ?

J’essaie de faire travailler les orienteurs en survitesse de lecture de carte. Par exemple lire la carte en descente, où la vitesse de pédalage est faible, mais les obliger à lire très vite tout en gardant le cap et prendre des décisions rapidement. C’est de la survitesse mentale.

Le goût pour le VTT semble être très important pour votre discipline ?

Je ne dis pas que c’est plus dur qu’à pied. Mais par exemple, si l’orienteur est fatigué dans une montée, il peut se permettre de marcher et il avancera quand même. A VTT, si on pose le pied par terre, il faut le pousser ! La course d’orientation à VTT, c’est une autre mentalité. Une autre façon de se faire mal physiquement.

“Dans la course d’orientation à VTT, il y a la peur de l’accident”

Les deux disciplines, à pied et à VTT, semble totalement différentes finalement…

Disons que ce n’est pas les mêmes efforts. On a plus le temps de la réflexion à pied qu’à VTT. Et il y a le risque de la chute à vélo, qui peut être très grave et qui engendre la peur.

Les accidents, c’est quelque chose qui arrive souvent ?

Malheureusement, ça arrive. J’ai en tête une compétition au Portugal, où une fille est restée paralysée après une chute et qui est aujourd’hui en fauteuil roulant. À pied, c’est moins grave, mais ça peut être un orienteur qui s’enfonce une branche dans la cuisse. C’est des choses qui arrivent, ça fait partie des risques en compétition, moins en loisir. C’est dans un milieu sécurisé, mais plus hostile qu’une piste d’athlétisme. Ça fait partie du sport.

Vous considérez que c’est un « sport extrême » ?

Je ne vais pas dire que c’est un sport extrême. Je dirai plutôt que c’est un sport de haut niveau, au même titre que le football, le basket etc… J’ai fait l’expérience avec Antonio Martins (détenteur du record de France du 10 000m et du 5000m en 1992, ndlr.). On a fait un défi tous les deux : courir sur piste le 10 000, qu’il a fait en 28 minutes et moi en 34 minutes.

On a fait la même chose en forêt, version course d’orientation : il n’arrivait pas à me suivre. Parce que la pose du pied n’est pas la même, éviter les arbres, les trous etc et cela en courant tout en lisant la carte pour réaliser sa trajectoire ditinéraire. : « C’est redoutable ton truc ! ». Voilà ce qu’il en a pensé.

Quels sont les objectifs pour les championnats du monde ?

Je porte espoir sur tout le monde. Aux derniers championnats d’Europe séniors et juniors à Budapest, on a eu des titres, des deuxièmes et troisièmes places… On est toujours aussi fort qu’avant. J’ai pris la même équipe pour ces Mondiaux. Les nations les plus fortes sont européennes, donc ce sera les mêmes concurrents, avec un terrain différent.

Qui seront les leaders français ?

Je dirais Gaëlle Barlet chez les femmes (5ème mondiale), même si elle a été un peu moins forte que l’année dernière, j’ai toujours confiance en elle. Elle a ses chances en sprint, en moyenne distance et en relais. Lou Denaix aussi a bien progressé.

Chez les hommes, il y a Baptiste Fuchs (10ème mondial). Pareil, j’ai confiance en lui sans aucun problème. Il y aussi Thibaud Guelennoc qui a bien progressé ces deux dernières années. Yoann Garde et Samson Deriaz donnent aussi une vraie valeur à cette équipe de France senior.

Et chez les juniors et les moins de 17 ans, j’ai beaucoup et entièrement confiance en eux, Ils sont très prometteurs et redoutés des autres nations . L’expérience en Autriche va beaucoup leur servir pour le futur

Gaëlle Barlet, cinquième mondiale

Quelles sont les nations fortes en course d’orientation ?

La France bien sûr ! (rires). Sans plaisanter, quand vous voyez que le meilleur orienteur mondial pendant 15 ans était Français, Thierry Gueorgiou, 14 fois champion du monde tous formats confondus…

Au niveau VTT, la France est 4ème mondiale et détentrice de plusieurs titres mondiaux et Européens. La France a dailleurs été la nation organisatrice du 1er championnat du monde de course d’orientation à VTT en 2002. Au niveau international on se bat avec la Russie, la République Tchèque et la Finlande. À pied, il faut regarder la Suisse et les pays Scandinaves. En sachant que, par exemple, les Suédois ont recruté Thierry Gueorgiou pour être entraîneur national…

C’est étonnant d’ailleurs pour un Français qui est un peu la tête de gondole de ce sport…

Étonnant oui et non…

Qu’en pensez-vous ?
On peut imaginer tout ce que lon veut mais peut être a-t-il aussi dautres motivations de vivre en Suède. En tout cas cest plutôt à Thierry d’y répondre. Cest vrai que vivre de la course dorientation en France cest difficile et dautant plus quen tant quentraîneur. Nous ne sommes pas une fédération olympique et aussi médiatisée que dautres sports ce qui changerait sans doute la donne.

C’est un frein au développement de ce sport ?

Je suis fonctionnaire cadre dEtat avec un devoir de réserve et ce qui est sûr cest que la structuration du sport en France est unique et très protectrice socialement de ses athlètes et de ses cadres, ce nest vraiment pas le cas dans tous les pays.

Le ministère a ses priorités politiques qui sont légitimes, si on est discipline reconnue de haut niveau ou non engendre des facilités ou des difficultés.

En course dorientation les athlètes, qui ont forcément un travail à côté, sont difficiles à être détachés de leurs employeurs pour une compétition. Cest plus facile s’ils sont fonctionnaires.

Depuis l’année dernière et pour cette Olympiade, la course d’orientation à VTT n’est plus reconnue comme sport discipline de haut niveau par le Ministère des sports ceci malgré les résultats qu’on a eu : champions du monde, champions d’Europe, autant chez les jeunes, juniors et séniors… La course d’orientation à pied, elle, a gardé cette labellisation.

Ce qui veut dire que le meilleur de mon sport (Baptiste Fuchs), qui est prof d’EPS, aurait de grandes difficultés pour être détaché de ses obligations professionnelles pour représenter la France si le championnat du monde se déroulait en période scolaire. Heureusement que ça tombe au mois d’août, parce qu’il est en vacances. Si c’était au mois d’octobre, on ne pourrait pas le détacher.

Il y a 2 ans, il n’y avait aucun problème, car il était considéré comme sportif de Haut niveau. C’est ça le frein.

Alors attention, je ne dis pas que le Ministère ne nous soutient pas, au contraire et la fédération également.

On a un espoir malgré tout : celui de devenir sport et fédération olympique. Le président de la fédération internationale et française ont demandé d’être “discipline invitée” lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, pour la course d’orientation. Si on devenait fédération olympique, beaucoup de choses changeraient, notamment le budget, qui exploserait.

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Matthieu Guillot (@Guillot_matt)

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