Basket : Ron Mvouika, le chasseur de rêves

Ron Mvouika basket

De Noisy-Le-Grand à Leverkusen, le parcours de Ron Mvouika n’a jamais connu de ligne de droite. Ce basketteur passé par l’Espagne, des opérations du dos et les Etats-Unis s’impose enfin dans le monde professionnel. Quelques jours avant de rejoindre la sélection nationale de la RD Congo, le joueur de 26 ans a pris le temps de se confier à UnderSport. Portrait d’un chasseur de rêves.

Ron Mvouika est un globe-trotter. Grâce à la balle orange, ce basketteur a fait le tour d’une balle encore plus grande : la Terre. Espagne, les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, le Congo, son passeport est bien rempli. Mais au moment de recevoir UnderSport, c’est à Noisy-Le-Grand qu’il donne rendez-vous. Celui qui a grandi au Palacio d’Abraxas, « la plus belle cité de France », doit tout à son quartier. Et autant qu’il peut, il tente de le lui rendre. Malgré les nombreux voyages, il y est toujours chez lui.

Tout le monde le reconnaît, tout le monde le salue. Sa mère habite toujours au huitième étage, et n’hésite pas à l’interpeller de sa fenêtre. Comme si rien n’avait changé. Pourtant, hormis son lien à ce quartier, tout a changé pour lui. De sa chambre de la banlieue parisienne au Madison Square Garden, il y a de nombreux pas. Lui, les a fait en courant. « Quand j’étais petit, je jouais au basket avec mes frères dans la chambre. On pliait un cintre, on faisait une boule de papier et de scotch, et on avait l’impression d’être en finale NBA. A cinq ans, je savais que je voulais et que j’allais être basketteur professionnel. » se rappelle-t-il.

Ron Mvouika Noisy-le-Grand
Quand il peut, Ron Mvouika vient recharger les batteries à Noisy-le-Grand. (©UnderSport)

Formé avec le basket espagnol

Ce rêve, Ron Mvouika l’a réalisé. Mais c’est seulement à 26 ans qu’il s’est enfin imposé de manière régulière en Europe. « Et je ne suis pas encore arrivé où je veux être » prévient-il. Le talent, il l’a pourtant. Le mental aussi. « J’ai toujours été revanchard, c’est ce qui va me permettre de réussir. » Un caractère forgé dans les tours du 93. Là où rien n’est offert. Là où les diamants restent souvent à l’état brut. Pour atteindre ses objectifs, le basketteur n’a pas hésité à partir à loin pour être poli par de véritables orfèvres.

Ça passe d’abord par l’équipe Cadets France de Villemomble avec ses copains de l’équipe départementale, puis en Espoirs à la Chorale de Roanne. « Ensuite, je pouvais signer un nouveau contrat ou aller aux Iles Canaries. Pour moi, c’était impossible de ne pas y aller. Regarde d’où je viens…. » Mais rejoindre la CB Academy et le coach Rob Orellana n’est que le premier bond d’un énorme saut. Celui vers les Etats-Unis.

Ron Mvouika, l’Américain

En 2009, il débarque à Huntington Prep. Un premier détour pour celui qui est déjà attendu par Virginia Tech, une des meilleures universités du pays. Mais le joueur français est encore trop jeune. Pour patienter et prendre de l’expérience, il joue alors pour cette école préparatoire. Et même si ce n’est pas encore la NCAA, c’est déjà l’Amérique pour lui. L’adaptation ? Elle est naturelle pour un gamin qui a grandi en écoutant du rap américain, en s’habillant comme les rappeurs et en regardant les matches de NBA. « Les Etats-Unis, c’était un grand rêve. » éclaire-t-il, les yeux encore brillants.

Mais des douleurs au dos freinent le processus. Virginia Tech doute, Ron rentre en France. Il recharge les batteries auprès des siens, mais l’opération du dos est obligatoire. C’est un vrai coup d’arrêt et une période de doute. Mais un coach de Junior College vient de San Diego jusqu’à Paris pour le rencontrer. « Quand mon agent me dit ça, je pensais qu’il se moquait de moi. Au final, il me dit que si j’ai mon bac, il va me récupérer. » La machine est relancée.

Bac en candidat libre et « le fin fond de ce que tu veux »

En six mois, le jeune basketteur se fait opérer, fait sa rééducation au Capbreton et passe le bac en candidat libre. Pas une mince affaire. « Je l’ai eu aux rattrapages, j’avais 72 points à rattraper, j’en ai eu 78. J’ai passé l’anglais, ils ne savaient pas que j’avais déjà joué en Espagne et aux USA… » Promesse tenue, Ron rejoint le Wyoming et un Junior College. « Je jouais à Sheridan, j’ai passé deux belles années au fin fond de ce que tu veux. Là-bas, à part la neige, il n’y a rien du tout, mais c’était super, je devais me focaliser sur le basket. »

Ses performances en Junior College tapent dans l’oeil de nombreuses universités. La NCAA s’offre enfin à lui du côté de Missouri State. Un nouveau statut qui impressionne outre-Atlantique. « Je n’ai compris ça qu’en visitant des installations. Les campus universitaires ressemblent à des villes. Les conditions de jeu ressemblent à la NBA. » Mais encore une fois, cela ne se passe pas comme prévu. « Le coach ne me faisait pas jouer alors que mes stats étaient supérieures au titulaire. Sur le peu de temps de jeu que j’avais, je faisais le taf. On me surnommait le micro-ondes : je me chauffe en une minute. »

Face à une avalanche de blessés, le coach des Bears n’a plus le choix, il titularise le « Frenchie » face à Northern Iowa, une équipe réputée pour sa défense. Ses 28 points en un match changent beaucoup de choses. Un nouveau regard se pose sur lui. Le temps de la confirmation arrive en même temps que sa deuxième saison dans l’élite du basket universitaire américain.

 

Ron Mvouika St John's
Ron Mvouika a porté les couleurs de St John’s pendant une saison NCAA.

« C’est comme si on m’envoyait un valet de la mort. »

L’ailier aborde sa saison sophomore avec le couteau entre les dents. Une confiance retrouvée avec le coach, une très grosse préparation et un triple-double pour le premier match amical. Mais patatras. La préparation a été trop grosse. Le dos ne tient pas face à ce sur-entraînement. Il lâche sur un rebond lors d’un match de pré-saison. A l’envie et en bon capitaine qu’il est, Ron termine le match face à un rival historique. Au buzzer-final, il ne peut plus marcher.

Un disque vertébral a sauté, touché le système nerveux et fracturé une vertèbre. Une nouvelle opération est nécessaire. « C’est comme si on m’envoyait un valet de la mort. J’avais peur. Quel club veut récupérer un joueur qui s’est fait opérer du dos à deux reprises à 23 ans ? » Très croyant, il tient grâce à sa foi. Même quand il faut réapprendre à marcher. « Par la grâce de Dieu, ça a tenu. » Il fait encore une fois référence à Dieu quand il évoque la suite de sa carrière.

Un destin incroyable et une carrière dans le basket qui continuent. Si Missouri State, une mid-major (NDLR : fac de milieu de tableau) ne lui fait pas confiance, c’est Saint John’s, une université qui joue dans une conférence plus relevée, qui le cherche à la sortie de l’hôpital. Quand son ancien coach lui suggère de jouer en deuxième division après une telle blessure, c’est Chris Mullin, quintuple All-Star NBA qui l’appelle. Une option tombée du ciel pour celui qui était sans cursus universitaire et à la rue au moment de son opération. Un salut qu’il doit à son coach ancien coach de Gran Canaria.

New-York, sa deuxième maison

« Ca avait l’air trop gros. C’est comme passer de Bastia au Barça. Chris Mullin m’appelle et me dit « Remets-toi sur pieds, on t’attend. » Ca se passe comme ça, j’atterri à New-York, ma deuxième ville préférée après Paris alors que j’étais remplaçant à Missouri State.» Signe du destin, cinq ans plus tôt lors d’un séjour à Big Apple, il s’était arrêté devant le Madison Square Garden. « Je me disais que je voulais y jouer. Je ne savais pas comment y arriver, mais j’y croyais.»

C’est chose faite en rejoignant les Red Storms : ils jouent leurs matches à domicile dans La Mecque du Basket. Et un miracle quasi-religieux se passe le 13 décembre 2016. Une date qui fait remonter des souvenirs à sa seule évocation. « Match contre Syracuse, midi, le Madison Square Garden presque plein. La côte de notre victoire était énorme. Et on gagne, je n’oublierai jamais. Les Dieux du basket étaient avec nous. » Il faut dire que face au futur participant au Final Four, l’équipe joue à la perfection, et le numéro 24 sort un match excellent : 10 points, 7 rebonds, 5 passes. A la fin du match, son explosion de joie est prise en photo. Le lendemain, celui qui a grandi dans une cité de Seine Saint-Denis est en photo dans le New-York Post. La rédemption de celui qui avait encore 18 trous dans le dos dix mois plus tôt.

Ron Mvouika basket
Un Parisien dans le New York Post.

Coq et Léopards

Pour cette magnifique victoire, l’université new-yorkaise a enchaîné de nombreuses défaites. Un parcours synonyme de fin de saison prématurée et de non-participation à la March Madness. « Mon seul regret. La March Madness, c’est comme la Coupe du Monde, mais tous les ans. Tout s’arrête aux Etats-Unis. L’attache à l’université et à la NCAA est vraiment spéciale là-bas. » explique-t-il. Mais la saison 2016-2017 n’est pas fini pour autant, ses performances lui permettent de rejoindre l’équipe de France A’ pour un stage et des matches amicaux. Un mètre-étalon pour parcourir le chemin parcouru.

« Ma plus grande fierté, c’est le fait qu’un gars d’ici soit arrivé là-haut, c’est énorme. D’ailleurs, tant que ma mère, mon père, mes frères, mes sœurs, mes amis proches et mon quartier sont fiers de moi, c’est gagné. » Si dans le vestiaire bleu, sa bonne humeur est reconnue, sur le terrain, c’est plus difficile. La faute à une longue période d’inactivité, et d’un manque de confiance du staff. Mais cette expérience représente quand même quelque chose de fort pour celui qui bombait déjà le torse en représentant son département étant gamin. « C’est une forme de reconnaissance et une énorme fierté. Enfin. Le maillot bleu qui t’appelle, c’est quelque chose ! »

Si le coq n’a chanté qu’une fois, les Léopards congolais lui ont sauté dessus. Ron Mvouika a opté pour le pays de ses parents et prépare les éliminatoires à la Coupe du Monde 2019. Grâce au basket, il a pu retourner dans son pays d’origine, 20 ans après que sa famille ait fui la guerre. Un moyen d’offrir de la joie a des gens qui souffrent dans un conflit armé qui fait, en 2018 encore, des millions de victimes. « C’est important pour moi. Je veux redonner tout ce que mon pays et mon quartier m’ont offert. Si je mange, tous mes proches doivent manger. Le sport permet d’oublier les atrocités et d’échanger avec les gens. »

Le basketteur qui a grandi en admirant Allen Iverson n’hésite pas à se dresser face aux injustices, sur les parquets comme en-dehors. Mais il a aussi toujours le mot pour faire rire. « Pendant un entraînement avec Golden State pendant mon cursus à Saint John’s, j’avais demandé à Steve Kerr s’il n’avait pas un boulot pour moi. On en a bien rigolé. »

« Quand il pleut, danse sous la pluie et attend que l’orage passe»

Mais avoir joué à New-York en équipe de France ne lui ouvre pas les portes des clubs français. Notamment la faute à la règle limitant le nombre d’étrangers qui s’assouplis en 2017. Une barrière se ferme pour lui et pour tant d’autres. Il l’explique notamment par un complexe d’infériorité des Français. « Un jour, un agent grec m’a dit qu’en France, on avait le réservoir de joueurs le plus important derrière les Etats-Unis, mais notre championnat n’est pas au sommet. Pourquoi ? Parce qu’on en profite pas. A niveau égal, les clubs choisissent un Américain plutôt qu’un Français. On ne lance pas assez les jeunes. Si on avait la mentalité des Espagnols ou des Serbes….»

Une pige médicale à Vitré en N1 reste aujourd’hui encore sa seule expérience professionnelle en France. Une période difficile. « C’est comme une poisse qui te suit. Quand personne ne t’appelle alors que tu es prêt à jouer, c’est encore pire que les blessures. Mais il ne faut rien lâcher. Quand il pleut, danse sous la pluie et attend que l’orage passe. » Finalement, une chance lui est offerte par le Bayer Leverkusen. Le club le plus titré de l’histoire du basket allemand évolue en Pro B, mais lui permet enfin de faire ce qui lui plaît le plus : jouer au basket professionnellement dans un cadre respectueux.

Du temps de jeu, des stats et en six mois des clubs de première division le supervisent déjà. Mais Ron Mvouika a choisi la stabilité en resignant une saison avec le club allemand. Pour la suite de sa carrière, le basket le mènera peut-être en France, aux Etats-Unis ou ailleurs. Sa vie, elle, le ramènera toujours auprès des siens, au Palacio d’Abraxas.

Nicolas Kohlhuber (@KohlhuberN)

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