Bruno Spengler : « Les courses auto sont un sport collectif »

Bruno Spengler DTM

Bruno Spengler est un habitué des circuits de DTM. Champion de la discipline en 2012, il a pris le temps de nous expliquer ce sport automobile qui connaît un succès important en Allemagne, mais aussi dans d’autres pays d’Europe. Interview.

Pouvez-vous nous parler du DTM ?

Le DTM, c’est un peu le NASCAR européen en terme de visibilité et d’image. Les voitures sont bien différentes mais on attire jusqu’à 140 000 spectateurs sur un week-end. Ce championnat regroupe les trois plus grandes marques allemandes : BMW, Mercedes et Audi. Il n’y a que des pilotes officiels. Les voitures ont des moteurs V8, 520 chevaux et pèsent 1000 kg. Ces bolides sont développés au maximum. C’est la forme la plus évoluée des voitures de tourisme : on peut dire que c’est la Formule 1 des voitures de tourisme.

Pourquoi avoir choisi de pratiquer cette discipline ?

J’ai commencé en faisant du karting. Sept années durant lesquelles j’ai notamment été champion de France. Après, j’ai roulé en Formule Renault, où j’ai été vice-champion d’Allemagne. Puis j’ai concouru en Formule 3 pour Mercedes junior. J’ai participé aux courses de cette catégorie pendant un an et demi, mais un crash m’a mis hors-course pendant plusieurs mois.

Je me suis fracturé une vertèbre avec un gros tassement. J’ai eu de la chance, car cela aurait pu être plus grave. Après ça, j’ai été testé en DTM par Mercedes. Ça se passait sur le circuit d’Hockenheim et j’étais très vite parmi les plus rapides. Je suis alors sélectionné en 2005 pour être pilote officiel chez Mercedes en DTM. Je suis resté dans cette équipe jusqu’en 2011 finissant deux fois vice-champion. En 2012, je rejoins BMW qui fait son retour en DTM et je finis champion. Ensuite, j’ai eu l’occasion de batailler pour le titre jusqu’au bout à plusieurs reprises.

Qu’est-ce que votre titre de champion en 2012 représente dans votre carrière ?

Cela représente énormément d’autant plus que j’étais passé très prés plusieurs fois. Les saisons d’avant, il y avait toujours un petit incident qui coûtait cher, ou un peu de malchance qui m’empêchait de gagner. Mais là, pour la première année avec BMW qui faisait son retour dans la discipline, avec tout le processus de développement d’une voiture, c’était super de remporter le titre. C’était beaucoup d’émotions pour tout le monde. C’était vraiment très spécial, et ça reste un très bon souvenir.

« Il y a plus d’action en DTM qu’en Formule 1 »

Vous disputez une course aux Pays-Bas ce week-end. Quel est l’objectif pour ce rendez-vous et le reste de la saison ?

On veut optimiser la voiture au maximum pour grappiller des points. Jusque-là, on a eu un peu de mal en terme de stratégie et on a perdu quelques points. Sur la dernière course, on termine deux fois dans les points, ce qui est positif. À nous de tirer le maximum de la voiture en qualifications pour partir le mieux possible. On espère des podiums et pourquoi pas des victoires avant la fin pour remonter au classement.

Comment expliquez-vous la popularité de ce sport en Allemagne, et à contrario son absence totale en France ?

Ce n’est pas simple à expliquer. La principale raison est que beaucoup de courses se disputent en Allemagne. C’est une catégorie historique là-bas. Les constructeurs s’engagent beaucoup dans le DTM. C’est un moyen de promouvoir leur marque, les spectateurs s’identifient aux voitures qui ressemblent à ce que l’on voit sur la route. S’il y avait un constructeur français ou des courses en France, le public français s’y intéressait. À Hockenheim par exemple, il y a toujours beaucoup de frontaliers.

Vous êtes Franco-Canadien, vous courrez beaucoup en Allemagne, que pensez-vous de la culture du sport automobile en France ?

Je dirais que les Français aiment la course automobile, ils sont passionnés de ça. Il faudrait en parler un peu plus, organiser plus de courses. Ce n’est pas évident d’intéresser les gens s’ils ne peuvent pas se rendre aux courses. Je suis sûr par exemple que le DTM pourrait attirer du monde. Il y a plus d’action qu’en F1, plus de dépassement, ça se touche parfois. C’est pour cela qu’on a beaucoup de succès en Allemagne, mais aussi dans les autres pays qui organisent des courses.

Bruno Spengler DTM
Bruno Spengler roule pour BMW depuis 2012 (© Instagram @BrunoSpengler)

Vous avez un circuit favori ?

Spa, Norisring, Hockenheim sont sympas. Daytona et Nürburgring, où j’ai roulé en Endurance sont pas mal aussi.

Ces circuits accueillent aussi de la F1. Y a t-il une différence d’approche entre DTM et Formule 1 ?

Je ne suis pas assez implanté en F1 pour dire. Les voitures sont complètement différentes. En tout cas, une trajectoire de course reste une trajectoire de course, il y a juste la vitesse de passage de courbe qui n’est pas la même. C’est très difficile de comparer. En DTM, il y a aussi beaucoup plus de bagarres, de duels. Dans le peloton entre le premier et le dernier, il n’y a qu’une seconde. C’est plus dense et resserré qu’en Formule 1 et cela change tout.

Quand on est lancé à plus de 200 km/h sur des circuits, que l’on frotte avec d’autres voitures, qu’est-ce que l’on ressent ?

On a des doses extrêmes d’adrénaline. Non seulement dans les moments-clés sur la piste mais aussi en dehors. Il y a toute une atmosphère en-dehors, avec toute l’équipe. La pression que l’on ressent sur la grille de départ est incroyable. C’est quelque chose que l’on ne ressent jamais en dehors. On devient dépendant de ces sensations et quand on la saison s’arrête et qu’on ne pratique pas pendant deux, trois mois, on ressent le manque, une absence. Les sensations que l’on rencontre en sport auto, c’est impossible de les connaître dans la vie de tous les jours. C’est addictif.

Vous n’avez jamais été tenté par la F1 ?

En 2007, j’ai été testé McLaren. Je ne suis pas passé loin. Il y a besoin de chance pour avoir un baquet en F1. Il y a beaucoup de pilotes qui rentrent grâce à l’argent et pour moi c’était hors de question. Sans payer, il faut de la chance et je ne l’ai pas eu. J’étais parmi les meilleurs sur simulateur, mais il n’y avait pas de place libre à ce moment-là.

En 2008, une équipe aurait dû voir le jour offrant des places, mais finalement ça ne s’est pas fait. Sur le coup c’est une déception, mais je suis très heureux en DTM, je m’y sens très bien là. On a la chance de développer des voitures, et je roule avec la possibilité de jouer le titre, ce qui est plaisant. C’est loin d’être toujours le cas en F1.

Vous avez aussi eu quelques expériences en Endurance, c’est un objectif ?

J’ai commencé l’endurance sur le tard. Ma première course était en 2015, à Daytona où on termine deuxième. C’est quelque chose de complètement différent. Avant, j’étais toujours dans le sprint, avec une voiture développer pour soi et une prise de risque permanente. Sur une course de 24h, c’est différent, la voiture doit convenir à trois ou quatre pilotes, il y a de la recherche, et il faut mener une course d’équipe en gérant les temps forts et les temps faibles.

Les courses automobiles sont toujours un sport d’équipe avec les mécaniciens et les ingénieurs, mais c’est encore plus le cas en endurance. J’apprécie beaucoup l’endurance et surtout de pouvoir sprints et endurance. Je n’ai pas de courses d’endurance au programme pour le moment, mais je vais en refaire.

« Des sensations addictives en sport auto »

Vous avez testé la Formule E, c’est une piste pour votre avenir ?

Je participe au développement du modèle de BMW pour la Formule E. BMW s’est engagé sur le championnat à partir de l’an prochain. On est en plein développement et c’est très intéressant de suivre ce processus depuis le début. J’apprécie énormément car c’est une filière complètement différente. Les sensations et l’approche ne sont pas les mêmes. Est-ce que c’est une piste pour mon avenir ? C’est encore trop tôt pour le dire, pour l’instant mon programme, c’est le championnat de DTM et le développement de la voiture. Dans les prochaines semaines, on en saura plus.

Que pensez-vous de cette discipline grandissante ?

Il s’agit d’une plateforme très intéressante. Les courses sont très intéressantes, avec des circuits en ville étroits. Le sport automobile évolue et aujourd’hui la Formule E a pleinement sa place dans le monde des courses automobiles. Il faut de tout, de la course à l’ancienne, mais aussi une ou plusieurs plateformes électriques pour le futur.

 

Nicolas Kohlhuber (@KohlhuberN)

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