IronMan : Duo de choc

IronMan triathlon

Le 1er juillet, un binôme d’adultes va tenter une performance inédite dans le monde du triathlon français : terminer un IronMan en duo. Présentation de Matthieu Hiltenbrand et d’Yves Vorburger, deux hommes hors du commun.

Dimanche 10 juin, 10h, un drôle de couple arrive au plan d’eau de Gambsheim. Matthieu Hiltenbrand enfile sa combinaison de natation, attache un bateau gonflable à sa ceinture et Yves Vorburger, 57 ans, passe de son fauteuil roulant à l’embarcation de fortune. Ces deux hommes prennent l’eau ensemble pour la première fois. Le premier nage en tirant le second. Ensemble, ils vont faire deux kilomètres en 45 minutes. Quelques personnes assistent à la scène, avec admiration. Il s’agit du seul et unique entraînement de natation avant de participer au Challenge Roth, un triathlon format IronMan, prévu le 1er juillet. « Je ne me faisais pas trop de soucis pour la nage » annonce Matthieu Hiltenbrand, triathlète qui a participé à de nombreuses courses extrêmes. Mais depuis quelques mois, il se prépare à un nouveau défi. Pour celui qui a déjà couru 10 IronMan en dix jours, des courses de 24h ou des 100km, le triathlon de Roth devrait être une formalité. Mais cette fois, il ne le fera pas seul. Il sera accompagné d’Yves Vorburger. Lui aussi participait à ces courses longues distances il y a une dizaine d’année. Depuis, une maladie orpheline le scotche dans son fauteuil roulant. Après avoir terminé trois fois le Challenge Roth en tant que valide, il veut franchir la ligne d’arrivée de cette course allemande en tant qu’handicapé, aidé par son ancien compagnon de course. Jamais deux adultes français n’ont bouclé 3,8km de natation, 180,2km de vélo et 42,195km de course à pied ensemble. « On espère finir en 18 heures » annoncent-ils. Une folie. Mais un objectif commun qui permet à Yves de regoûter à l’adrénaline d’antan.

Une renaissance

Yves souffre de polychondrite atrophiante, une maladie dégénérative qui touche tous les cartilages du corps. Chaque jour, il doit prendre 35 comprimés et surveiller son insuline. Chaque mouvement est douloureux. Même la mobilité de ses mains est limitée. Mais retrouver les sensations de l’effort sportif est une renaissance pour lui. « Quand sa femme le pousse en fauteuil, un trottoir mal négocié lui fait mal. Là, pendant les heures de course, il s’abandonne totalement et ne parle pas de ses douleurs » avoue une personne de sa famille. Ce retour à la vie, il le doit à Matthieu. En septembre 2017, les deux hommes se croisent chez le kiné. L’un prépare un décaIronMan, l’autre se bat pour faire des mouvements simples du quotidien. Une situation qui touche en plein cœur le cadet du duo. Il y a une dizaine d’années, malgré leurs 17 ans d’écart, les deux hommes se sont liés d’amitié grâce à la course. « Yves, c’était un modèle pour moi. C’était le premier triathlète alsacien lambda qui s’aventurait sur des très longues distances. C’était remarquable. Ensemble on a couru les 24h de Mulhouse, sous la pluie pendant toute la course. »

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La nage, la première discipline d’un triathlon. (©UnderSport)

Mais, alors qu’Yves ne participe plus aux courses en raison de sa maladie, les deux hommes se perdent de vue. « J’avais entendu qu’il avait des problèmes de santé, mais je ne m’attendais pas à ça. Quand je le vois chez le kiné, je suis sur le cul. La dernière fois qu’on s’était vu, on a couru 24h, là, il avait 60kg de plus et galérait à faire deux mètres. » Celui qui travaille dans le social ne peut rester sans rien faire face à cette situation. Inspiré par Dick Hoyt qui avait traversé les Etats-Unis avec son enfant et le film « De toutes nos forces », il propose un IronMan à son ami. « Pour moi, c’était simple. Il suffisait de l’emmener. C’est pas compliqué. » La première réaction d’Yves ? « Je pensais qu’il se foutait de moi. » Devant le sérieux de la proposition, celui qui a couru son premier marathon à 42 ans n’abandonne pas. Comme à son habitude. Le début d’une longue aventure.

Des galères et du bonheur

Début mars, les deux hommes courent pour la première fois ensemble. Ils participent au semi-marathon de La Wantzenau. La neige et le froid accompagnent les coureurs. Sur un fauteuil médical, Yves a une couverture de survie, des gants et une veste. Ils terminent la course en 2h20 sur les anciennes routes d’entraînement d’Yves. Les difficultés rencontrées n’enrayent pas le plaisir de retrouver l’ambiance particulière des courses à pied. « C’est un bonheur retrouvé, Je retrouve les sensations d’avant. C’est émouvant d’être de nouveau dans la peau d’un athlète. » explique Yves. L’émotion était tout aussi importante quand lors du dernier entraînement, il a retrouvé le parcours de santé où il avait ses habitudes deux fois par jour. Lorsqu’il pratiquait la course, Yves faisait 7600km d’entraînement par an. Du jour au lendemain, il avait dû arrêter. Une rupture brutale et douloureuse. D’hyperactif, celui qui a déjà fait un triple IronMan se retrouve cloîtré chez lui. « Le plus dur, c’est d’être tributaire des autres pour tout. » éclaire Yves. Grâce à ce défi, son emploi du temps est à nouveau chargé avec les courses, trois rendez-vous hebdomadaires chez le kiné, et toute l’organisation. Car les séances physiques sont loin d’être les seuls problèmes du duo…

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Le vélo, l’épreuve la plus difficile à appréhender pour le duo. (©UnderSport)

Une course à trouver, du matériel à financer

Comme tous les sportifs, le petit matériel pose problème. Là, il est question de gilet de sauvetage, de coussins, de prise de médicaments, mais pas que. Toutes les courses n’acceptent pas ce genre de duo inédit. Heureusement, au moment des recherches, le Challenge Roth répond favorablement et les invite. « Roth, je l’ai fait six fois. C’est mon jardin » explique Matthieu Hiltenbrand. Yves, a aussi terminé ce triathlon parmi les plus populaires d’Europe. « En 2004, 2005 et 2006. La dernière année, je me suis perdu sur la course à pied, j’ai fait 52km » s’amuse-t-il encore aujourd’hui. Et si à l’époque, il était arrivé quasiment hors-délai, cette fois, le duo sait à quoi s’attendre. « Tant qu’on nous laisse le stade ouvert, on passera la ligne. Même si on doit le faire seuls à la lueur de nos lampes frontales » annonce Matthieu. Cet aspect important réglé, le duo doit se pencher sur le matériel. Un vélo spécial est fabriqué par des ingénieurs allemands. Bruno Feldis, un proche des deux athlètes s’implique également beaucoup et met au point un prototype inédit pour la roue arrière. « Tout ce qui existait auparavant ne pouvait supporter pas plus de 60kg et ne pouvait pas dépasser les 15km/h. C’était impossible. » Grâce à l’aide de sponsors et d’une cagnotte en ligne, le binôme investit également dans un fauteuil hippocampe pour la course à pied. Un matériel qui aura une nouvelle vie après ce 1er juillet 2018.

Une association pour laisser un héritage

Car plus qu’un défi sportif, les deux hommes ont créé Iron2Men, une association qui a pour vocation de montrer la voie. Le fauteuil aura une nouvelle vie après le Challenge Roth. Il servira à d’autres handicapés qui vont pouvoir retrouver ou découvrir le goût du sport. L’objectif est de permettre à des familles ou des instituts de bénéficier d’un matériel permettant des balades. Une transmission physique alors même que leur démarche inspire. Les deux hommes avancent malgré les problèmes. Une quête impossible est en route, et cela malgré les risques importants. Yves souffrant d’ostéoporose, ses os sont susceptibles de casser comme du verre en cas de chute. Un facteur que Matthieu doit prendre en compte. Il devra être au top, notamment sur le vélo « On va passer 8 à 9 heures à vélo. Je dois garder ma lucidité tout du long. Cela demande un effort important pour éviter tout accident. » explique celui qui pratique le triathlon depuis 22 ans.

« De nouveau une belle vie »

Cette aventure est inspirante. Cette aventure est folle. Les deux hommes souffrent mais prennent un plaisir total. Alors que de nombreux athlètes dépassent les limites du corps humain dans de nombreux domaines, ce qu’Iron2Men s’apprêtent à faire est au-dessus de tout. A l’image de leur envie. Après la seule journée où les trois disciplines ont été pratiquées, Yves a souffert pendant deux jours. Mais cela n’enlève rien au plaisir qu’il a ressenti. « C’était très dur, mais ce dimanche était formidable » admet-il. Un hymne à la vie. Un hymne à l’amitié. « Etre avec des copains pour retrouver ces sensations, c’est merveilleux. J’ai de nouveau une belle vie » Un retour aux sources synonyme de renaissance.

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Yves Vorburger renaît en pratiquant le sport qu’il aimait tant. (©UnderSport)

Pourtant, l’ancien chef de carrière doit faire avec un corps qui n’est plus le même que quand il pratiquait en valide. Le dernier triathlon qu’Yves a fait remonte à 2011. Après une année consacrée au trail, sa maladie se déclenche en 2013. Entre les médicaments, une hospitalisation d’un an et demi, l’impossibilité de se lever ou les risques de phlébite, ses limites ne sont plus les mêmes. Mais il affiche une volonté de fer. « 18 heures d’efforts, ça va être difficile, ça fait réfléchir. Il n’y a que là-bas que je vais pouvoir savoir si je tiens le coup physiquement. Mais ce n’est pas moi qui vais freiner Matthieu, si j’ai mal, je ferme ma gueule. Je vais tenir au mental » Pour Matthieu, la responsabilité est physique mais également morale. Il est conscient d’avoir éveillé l’espoir chez son compère. « Quand je suis seul, si je me rate, c’est juste pour moi. Là ça engage plus que moi, et c’est ce qui fait que cette expérience est au-dessus de tout ce que j’ai pu faire par le passé. C’est quelque chose que l’on partage. Ca me fait tellement plaisir de revoir Yves à bloc comme ça. Penser au départ me donne déjà des frissons. » avoue le triathlète. Renaissance, frissons, pleurs, douleurs, bonheur, cet IronMan est un condensé de vie.

Nicolas Kohlhuber (@KohlhuberN)

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4 Replies to “IronMan : Duo de choc”

  1. Je connais Matthieu s’il a des idées farfelues par moment il les aura toujours mené à son terme, et souvent pour la bonne cause. Aussi ai-je confiance en eux pour arriver au bout de ce défi même si je n’aurais pu m’investir dans ce projet je les soutiens et leur tire d’ores et déjà mon chapeau.

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