Matthieu Hiltenbrand, un Français à l’assaut du déca-ironman

Matthieu Hiltenbrand déca-ironman

Ultra-triathlète français, Matthieu Hiltenbrand va tenter de repousser ses limites en participant à un déca-ironman continu. Une épreuve insensée qui n’a d’égal que le bonheur ressenti au moment de repousser ses limites. Présentation.

Les limites du corps humain sont un concept abstrait que les athlètes repoussent sans cesse. Certains sportifs peuvent aller très loin. Plus loin que l’inimaginable. C’est le cas des ultra-triathlètes et surtout des participants au déca-ironman. La distance de ce triathlon ? 10 ironmans, soit 38km de natation, 1800km de vélo et 421,95km de course à pied.

Une succession de chiffres tellement longue qu’elle ne peut être clairement comprise par le commun des mortels. Il existe deux formats pour cette course qui surpasse toutes les autres en terme de difficultés. L’an passé, Matthieu Hiltenbrand a réalisé dix ironmans en dix jours. Cette année, il va tenter le déca-ironman continu. Une course qui commence ce mercredi, 18h à Buchs, en Suisse.

« Au moment de prendre le départ, je vais partir pour plus de dix jours d’effort. C’est difficile de réaliser ce que cela représente. Je pense terminer vers la fin des délais, donc après 13 à 14 jours de course » explique l’Alsacien. Les 15 participants du swissultra ont 345 heures pour boucler l’épreuve. Les meilleurs termineront en neuf jours.

« Au déca-ironman, pour tenter le hold-up »

Matthieu est un habitué des défis fous. Le dernier en date ? Son IronMan en binôme avec Yves Vorburger, réussi malgré les difficultés. Une aventure sportive et humaine qui, additionnée à son travail, ne lui a pas laissé le temps de se préparer pour cette échéance.

« Je vais en Suisse pour tenter un hold-up. Depuis septembre dernier, j’ai fait 11 séances de natations et à peine 3 000km de vélo. J’ai un peu plus couru avec Yves, mais mon corps a souffert au Challenge Roth avec une sciatique un peu coincée, le tendon d’Achille et l’ischio qui tirent. J’ai bossé avec mon kiné et j’ai hâte d’y être maintenant » clame celui qui a passé l’année à suivre une formation en thérapie cognitivo-comportementale en plus de son travail d’éducateur spécialisé.

triathlon ironman duo
Matthieu quand il s’entraînait avec Yves pour le Challenge Roth. (©UnderSport)

Il part à l’arrache et il l’assume. Là où il y a une volonté, il y a un chemin et l’athlète de 40 ans est bien décidé à le suivre. « Quand tu peux le faire, il faut le faire » explique-t-il, non sans une pensée pour son ami Yves. Lui aussi ambitionnait le déca-ironman, mais a été rattrapé par une maladie dégénérative.

« Un Strasbourg-Nice, c’est déjà chiant en voiture, alors en vélo… »

Matthieu Hiltenbrand n’est pas du genre à réfléchir. Il fonce. L’athlète n’a presque pas de staff pour le déca-ironman ? Il sera tout de même à Buchs, malgré cette assistance en moins. Ce personnage haut en couleur a de nombreux tatouages. Le dernier en date est situé sur sa main gauche. Trois lettres qui résument un état d’esprit : TGE.

Sa signification est limpide et sans filtre à l’image du bonhomme : ta gueule et … Le reste de la phrase est à compléter en fonction de l’activité réalisée par le triathlète : nage, pédale ou court. Il faut au moins cela pour oublier la folie dans laquelle il s’est embarqué. Mais l’enthousiasme d’accomplir enfin ce défi le transcende. « J’ai couru mon premier triathlon il y a 22 ans à Embrun, c’était le 15 août. J’ai croisé des gens comme Guy Rossi qui ont fait le déca au Mexique et je me suis dit que je voulais le faire moi aussi. 22 ans plus tard, jour pour jour, j’y serai. » s’amuse-t-il.

Matthieu Hiltenbrand déca-ironman
38 km attendent l’ultra-triathlète français. (©ultraswiss)

Cette course, c’est l’apogée de son parcours d’ultra-triathlète. Il est bien décidé à remporter ce défi contre lui-même. Et ainsi rejoindre une famille restreinte. Moins de 100 personnes dans le Monde ont accompli cet exploit. « Cette course, c’est pour voir jusqu’où je peux aller. » Géographiquement, le Français n’ira pas très loin.

La natation se déroule en piscine, le cyclisme sur une boucle de 9km et la course à pied sur un circuit de 1,1km. Un parcours répétitif qu’il trouve salvateur. « Au moins, on avance toujours en terme de tours parcourus. Certains me font remarquer que les 1 800km de vélo représentent un aller-retour Strasbourg-Nice, mais je ne résonne pas comme ça, sinon je suis mort. Cette route est déjà chiante en voiture, alors en vélo…. »

« Un village international coupé du Monde »

La proximité des parcours aide les athlètes. Ils ont chacun une tente où ils dormiront, peu, durant l’épreuve. Les conseils, les rires et les pleurs sont partagés : une vraie fraternité rassemble ces sportifs venus des quatre coins de la terre. « Pendant 15 jours, on vit dans un petit village international complètement coupé du Monde » analyse l’ultra-triathlète. C’est une course rare et une expérience unique qui se tient au déca-ironman.

Quand Matthieu Hiltenbrand doit partager une anecdote pour prouver l’ambiance et la difficulté de cette course, il n’hésite pas une seconde. « Sur ces courses, j’ai sympathisé avec un Argentin qui est chirurgien. Il a participé au déca-ironman au Mexique. C’est tellement dur que sur le vélo, il a manqué de lucidité et a percuté un autre participant. L’autre était ouvert sur tout le visage. Ils sont allés à l’hôpital, mais il n’y avait pas moyen d’opérer immédiatement. L’Argentin, en tenue de cycliste, a alors emprunté le matériel de l’hôpital pour lui poser plus de vingt points de suture sur la face. Ils sont repartis et ont terminé la course ensemble. »

« Une ampoule peut te faire vivre un enfer »

La douleur fait partie intégrante d’un tel triathlon. Mais ce n’est pas l’état de ses muscles qui inquiète le plus le quarantenaire. « On sait que l’on va avoir mal, mais il faut passer outre. Ma plus grosse crainte, ce sont les ampoules. Ça peut te faire vivre un enfer. Les douleurs dues aux frottements ne sont pas graves, mais elles sont terribles dans une course de cette longueur. » explique-t-il. Pour les éviter, il emmènera 25 paires de chaussettes et deux paires de chaussures pour pouvoir alterner.

Matthieu Hiltenbrand déca-ironman
La joie de franchir la ligne d’arrivée lors de ses 10 ironmans en 10 jours, l’an passé. (©ultraswiss)

Qu’importent les efforts, les sacrifices et les maux, ce qui attend ces « gens ordinaires au mental hors du commun » est encore plus grand. Une satisfaction tellement grande que comme la débauche d’énergie, elle est insaisissable pour les profanes. « Au moment du dernier tour, c’est ton moment de gloire. C’est une joie indescriptible. Les émotions sont démultipliées dans une telle course. On a tellement besoin de tout que les choses les plus simples procurent un bonheur incroyable. »

Et c’est ce plaisir qui devient une drogue et plonge les sportifs dans une sensation de manque alors que les muscles sont encore courbaturés. Parce que si cet effort peut paraître « stupide », repousser ses limites et celles de son corps, est l’essence de l’homme. Et c’est ce qui rend ce concept abstrait, et cette performance si belle.

Nicolas Kohlhuber (@KohlhuberN)

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