Dylan Chellamootoo : “Je monte en puissance”

Sextuple champion de France de taekwondo, Dylan Chellamootoo continue de viser toujours plus haut à 24 ans. Le Français dessine avec UnderSport la situation actuelle du taekwondo et ses possibles chances d’aller chercher une qualification olympique.

US : Comment tu as découvert le taekwondo ?

DC : Franchement, j’ai découvert le taekwondo au hasard. Dans la ville où j’habitais, il y a un gymnase qui proposait des sports de combat, dont le taekwondo. Et vu que j’étais un petit peu agité à l’école j’avais besoin de me dépenser et de faire un sport. C’était un peu un hasard. J’ai accroché parce que j’aimais bien le contact. Le taekwondo c’est un jeu, il faut piéger l’autre. Il faut essayer d’avoir l’autre avec une technique.

US : À quel moment tu t’es dit : “Je sens que je peux faire quelque chose” ?

DC : De 6 ans à 10-12 ans, tu fais beaucoup de jeu, je voyais pas trop l’intérêt d’aller à l’entraînement. J’en avais marre. Mais les entraîneurs m’ont poussé et je commençais à faire des résultats. Je réussis à rentrer au Pole France espoir. C’est grâce à mes entraîneurs que j’ai continué. L’avantage, c’est que je suis né avec le nouveau taekwondo avec les plastrons électroniques. Je suis né avec ce style là, donc pour mois c’était plus facile que pour les anciens. Du coup j’éliminais beaucoup de personnes comme ça au début parce que j’avais le nouveau style. Et j’ai cartonné lors de ma deuxième année au pole espoir où je fais champion de France junior, espoir, senior et vice champion du monde junior. C’est à partir de là où j’étais lancé.

US : Qu’est ce qui te donne l’envie de te lever tous les matins en ce moment ?

DC : On est sur une année pré-olympique. Il y a le tournoi de qualification comme j’ai pu faire pour Rio (il s’est incliné en quart de finale. Les deux finalistes participaient aux JO ndlr.). Le tournoi est en avril et je suis positionné sur la catégorie des -68 kg. Il reste jusqu’à décembre pour prouver à ma fédération qu’il faudrait m’envoyer à ce tournoi (la fédération française peut envoyer deux candidats toutes catégories de poids confondues au tournoi de qualification ndlr.). Il y a aussi le ranking olympique mais je suis 27ème mondial, c’est impossible de se qualifier par cette voie. Il reste deux tournois avant décembre pour prouver : le tournoi de Paris et un championnat d’Europe. C’est là où tout va se décider.

Dylan Chellamootoo

US : Comment tu te définirais lors d’un combat ?

DC : Je suis un bosseur, je travaille beaucoup. Quand j’étais jeune, j’étais doué mais pas exceptionnel. Je suis le type d’athlète qui doit bosser sans cesse. Ça paie parce que j’ai plusieurs médailles. Je dois bosser pour réussir.

US : Et comment tu appréhendes tout ça, après avoir raté la qualif’ en 2016 ?

DC : Je sens moins de pression par rapport à 2016 où j’avais 19 ans. J’y pensais beaucoup à cette époque. Là, je sais qu’il y a le tournoi de qualif’, mais je n’y pense même pas, je ne sais même pas si je serai qualifié alors pour l’instant je n’y pense pas. À Rio, j’y pensais tout le temps, j’étais numéro 2 au ranking européen à l’époque. Aujourd’hui, je fais mon travail compétition par compétition. J’ai fait une bonne année, je monte en puissance. On verra le résultat après.

US : Si on prend le numéro 1 mondial, Dae-Hoon Lee, qui est largement devant au classement mondial, qu’est ce qu’il a de plus que les autres athlètes ?

DC : Il n’y en a pas tout le temps des athlètes comme ça… Il a beaucoup, beaucoup travaillé. Par rapport aux Français, où on s’entraîne deux fois par jour, lui c’est plutôt trois à quatre fois. Et en Corée du Sud, la concurrence est tellement forte que l’athlète qui va sortir de chaque catégorie va être presque sûr d’être médaillé mondial. Après, techniquement, il a un très gros cardio et il a cette technique coréenne qui repose sur la souplesse. Comme les Japonais au judo. 

US : C’est ce qui manque aux pays européen, cette concurrence ?

DC : Le niveau européen est en progression. C’est même peut-être le continent le plus compliqué pour un athlète de taekwondo.

US : Il y a une culture différente dans la pratique entre les Européens et les Asiatiques ?

DC : Ils sont moins dans l’émotion. Ils font ça depuis qu’ils sont petits, ils combattent depuis toujours. Ils faisaient plus de compétitions dès le plus jeune âge, même si aujourd’hui ça a changé. Comme j’ai dit, ils ont une grosse pression en interne avec la concurrence. Les Asiatiques qui combattent au niveau mondial ont survécu à cette pression. Quand un athlète sort, il est très fort.

US : C’est le même sport entre vous ?

DC : Le taekwondo, c’est trois fois deux minutes. Il y a tellement de surprises… Si tu es dans un bon jour, tout est possible. Dae-Hoon Lee par exemple, il n’a jamais été champion olympique. Il a perdu à deux reprises. C’est un sport où n’importe qui peut aller chercher la médaille. Il y a un Ivoirien qui est champion olympique, au Gabon un vice-champion olympique, au Nigéria un vice-champion olympique… C’est des pays où ils n’avaient jamais remporté de médailles hors Jeux Olympiques. C’est un sport très homogène.

US : Ta copine, Magda Wiet-Hénin, est elle aussi taekwondoïste. Il n’y a pas trop de compétitions entre vous ?

DC : Non ça va ! Ça motive au contraire. Sur les compèts par contre c’est dur quelques fois. Quand par exemple je passe en premier et que je perd, il faut vite s’en remettre pour pouvoir l’encourager !

Propos recueillis par Matthieu Guillot (@Guillot_matt)

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