Interview de Neil Matthews, dernier finisher de la Transcontinentale à vélo

Neil Matthews cyclisme transcontinentale

Cet été, 250 cyclistes ont participé à une course un peu spéciale : la Transcontinentale. De Belgique jusqu’en Grèce, les participants étaient en autonomie complète. Découvrez cette remarquable épreuve de cyclisme avec Neil Matthews, dernier finisher de l’édition 2018. L’Anglais a mis 41 jours pour finir la course et revient pour UnderSport sur cette expérience.

Neil, cet été vous avez participé à la Transcontinentale, pouvez-vous nous en dire plus sur cette course incroyable ?

C’est une course jeune mais folle. La TCR existe depuis 2013. Elle a été créée pour remplir un créneau qui était vide jusque là par Mike Hall. Il voulait organiser une course unique pour répondre à un besoin en Europe. La première édition se tient entre Londres et Istanbul. Malgré le décès de son créateur, cette course existe toujours. C’est une course cycliste pour des amateurs qui sont en autonomie totale. La route entre le départ et l’arrivée est à l’appréciation des participants, seuls quatre checkpoints sont obligatoires.

Vous êtes vraiment libre, vous pouvez choisir un parcours avec moins de distance ou avec moins de dénivelé. Le vainqueur a utilisé la route la plus directe car c’est un grimpeur puissant. Il a gagné en huit jours, ce qui est vraiment incroyable. La plupart des cyclistes terminent en 16 jours. Ce qui est colossal. Pour vous imaginer, ils parcourent 1000km de plus que les participants du Tour de France, en une semaine de moins. Et tout ça en ayant tout l’équipement sur soi et en devant gérer son sommeil…

A quoi pensez-vous sur la ligne de départ ?

Le degré d’adrénaline est juste incroyable. C’est un énorme privilège d’être sur la ligne de départ. C’est déjà une victoire de participer à cette course car la procédure d’inscription est très longue. Au moment de partir, tu as des doutes sur tout : le matériel, la route… Mais au premier coup de pédale, l’excitation prend le pas sur tout cela. D’un point de vue émotionnel, c’est très fort. Il y en a qui pleure rien qu’en pensant à l’expérience qui les attend.

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Neil Matthews a parcouru 4 255km à travers 14 pays.

Comment se prépare-t-on à une telle course de cyclisme ?

Il faut être prêt sur de nombreux aspects : le physique, le mental mais aussi financièrement. La préparation de l’itinéraire est ce qui prend le plus de temps. Il ne faut pas seulement préparer un chemin mais plusieurs. Le vainqueur en avait trois pour s’adapter à ses sensations. Il faut choisir un itinéraire pour 4000km. Ça prend des semaines, il ne suffit pas de chercher sur Google comment aller du point A au point B. Il faut être prudent, regarder kilomètres par kilomètres. J’avais aussi tout sur des cartes en papier.

Quelle a été votre stratégie ?

Tout le monde prend une décision différente. Il n’y a pas de bon ou de mauvais équipement. Le plus important est d’avoir un vélo confortable. Dans mon sac à dos j’avais 2 litres d’eau, des vêtements, des paires de chaussures et de quoi dormir. Il faut être intelligent dans ses choix pour ne pas gaspiller de l’argent. Par exemple il faut prendre une dynamo pour avoir de l’énergie en permanence. J’avais aussi quatre batteries car j’avais fait le choix de ne pas dormir dans des hôtels. Pour l’itinéraire, j’ai choisi un itinéraire plat au possible.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile durant toute cette course ?

La chaleur. J’ai eu deux coups de chaud. Pour beaucoup ce n’est pas un problème, mais quand il faut faire 200km par jour pendant plusieurs semaines, c’est très handicapant. Le vélo était un peu lourd et m’a aussi ralenti. Mais le plus dur, c’était vraiment la chaleur. C’est incroyable. Je ne m’attendais pas à ça. Durant un tel effort, même si vous buvez beaucoup, vous pouvez quand même être déshydraté. Mais je n’ai pas voulu utiliser cette excuse pour abandonner. Alors j’ai choisi de rouler de nuit. Je dormais la journée jusqu’au début de soirée puis je faisais mes kilomètres quand il faisait moins chaud. C’était le seul moyen pour moi de continuer.

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Les participants de la Transcontinentale dorment où ils peuvent.

Quel est votre meilleur souvenir ?

Il y en a tellement… J’ai apprécié l’attention portée aux cyclistes par l’organisation. Les checkpoints ont été notamment choisis avec beaucoup de précision pour rendre l’aventure encore plus belle. Le point de contrôle en Bosnie était incroyable. C’était dans les montagnes près des installations olympiques qui avaient servi aux Jeux olympiques de 1984. C’était dur mais tellement incroyable.

J’ai du changer mes pneus, c’était presque impossible de grimper avec un vélo de route. Quand je suis arrivé, je suis resté au sommet pour profiter de la vue. C’était fou. Sinon, en roulant de nuit, j’ai eu la chance de voir de nombreux levers de soleil à couper le souffle. C’est un véritable échappatoire pour l’esprit. Il y a tant de choses qui marquent dans cette aventure. Mais ce n’est pas qu’une série de souvenirs, c’est bien plus.

Après 41 jours, vous êtes le dernier finisher. Comment avez-vous fait pour rester en vie dans cette course ?

C’est difficile, pour tous les coureurs. La plupart vise soit le Top 10, soit la fête qui est organisée pour les finishers après 16 jours. Après cinq jours, j’ai compris que je ne pourrais pas y être. J’ai du rapidement me concentrer sur le simple fait de finir. J’ai un ami qui avait abandonné. C’est le plus gros regret possible. Je ne voulais absolument pas en arriver là. J’avais un sticker avec écrit “Ne jamais renoncer” sur mon cadre de vélo. Dès que je baissais la tête, je le voyais et j’y pensais.

Ça a été très utile dans les moments les plus difficiles, comme à la frontière slovène. À cause d’un orage, j’ai du patienter pendant 16h car prendre la route était trop dangereux. Dans ce genre de course, vous ne savez jamais ce qui peut arriver. Et il y aura toujours un moment où vous pensez que tous les éléments sont contre vous. Même si la sécurité est importante, il n’y a que vous. Il faut se concentrer sur sa vitesse, sur son plan et tout faire pour aller au bout. Si vous voulez en faire trop, vous allez défaillir. Au fil du temps, quand le nombre de participants diminue, toute l’attention se reporte sur vous.

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Le sommet du deuxième checkpoint de la course en Slovénie.

Qu’est-ce que vous avez ressenti au moment de franchir la ligne d’arrivée ?

La dernière semaine était tellement difficile… À un moment, je pensais que c’était fini pour moi. J’ai eu un accident à Tirana, en Albanie. J’ai du réparer mon vélo, c’était très douloureux… Les deux derniers jours duraient une éternité. Mais qu’importe les conditions, je voulais terminer. C’est la fin d’un monde de douleur. C’est une grande fête, c’est incroyable est impossible à décrire. En plus, j’ai eu la chance d’avoir ma copine qui m’attendait à l’arrivée…

Vous parlez de description impossible, mais pour nous c’est impossible à réaliser la dureté de cette épreuve. Est-ce que c’est le même ressenti pour vous ?

C’est simple, c’est une des courses les plus dures au Monde. Il y a des athlètes incroyables mais également des amateurs comme moi. C’est un immense privilège de prendre le départ de la Transcontinentale. Il faut accepter de s’inscrire pour quelque chose qui va vous apporter beaucoup de problèmes tout au long du parcours. Mais peu importe le lieu ou le moment, chaque instant est spécial durant ce périple de 41 jours à travers 14 pays. C’est incroyable. Quand j’y repense, c’est juste “WOW!” C’est tellement inspirant comme épreuve. C’est quelque chose d’inconscient.

Pourquoi est-ce que vous avez voulu faire la Transcontinentale ?

Le cyclisme est toute ma vie. Mais c’est devenu un business, avec des inscriptions très chères pour des épreuves de 100/200km. Je voulais revenir à quelque chose d’autre, être dans la découverte. J’ai découvert la communauté des courses sans assistances. J’ai été attiré, mon intérêt a grandi au fil des discussion. J’ai postulé il y a deux ans sans être retenu mais j’ai retenté ma chance.

 

Nicolas Kohlhuber (@KohlhuberN)

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