La relais de la flamme, une démarche politique avant de devenir un symbole olympique

En cette période de coronavirus, la seule actualité sportive qui perdure concerne le parcours de la flamme olympique. Allumée à Athènes il y a quelques jours, elle est désormais arrivée au Japon pour un tour du pays du Soleil-Levant. Alors que la tenue des Jeux olympiques est encore menacée, (re)découvrez l’histoire tourmentée du premier relais de la flamme olympique.

La flamme olympique est arrivée au Japon ce vendredi. Alors même que la tenue des Jeux olympiques 2020 n’est pas encore assurée, la flamme va s’élancer pour un périple aux quatre coins de l’empire nippon avant d’arriver à Tokyo cet été.

En ce jour un peu spécial dans une année olympique, UnderSport vous propose de replonger dans l’histoire du premier relais de la flamme olympique. C’était en 1936 pour les Jeux olympiques de Berlin, et c’était alors le régime nazi qui en avait tiré profit.

Le lien rêvé par Hitler entre le IIIeme Reich et la Grèce antique

Alors que la flamme olympique a fait son apparition dès 1928 à Amsterdam, c’est Carl Diem, le secrétaire général du Comité d’organisation des Jeux olympiques 1936 qui a eu l’idée d’un relais. Cet universitaire s’est inspiré des lampadédromies, des courses aux flambeaux organisées en Grèce pour célébrer les Dieux durant l’Antiquité, afin de promouvoir les Jeux olympiques organisés par le IIIe Reich à Berlin.

Dès 1922, celui qui a eu de nombreuses responsabilités dans le monde sportif allemand sans jamais être lié au parti nazi avait mis en place une telle pratique. C’était pour les Jeux allemands, une compétition nationale organisée en réponse à l’exclusion de l’Allemagne des JO 1920 et 1924.

Son idée a été retenue par Adolf Hitler et validée par le CIO en 1934. Le chef du parti nazi voyait là une belle opportunité pour promouvoir son idéologie. L’occasion était trop belle pour lui de faire un lien entre son IIIeme Reich et l’imagerie d’une Grèce antique qu’il admirait.

Konstantin Kondylis, un relayeur entré dans l’histoire olympique

L’allumage de la torche a eu lieu à Olympie le 20 juillet à midi. Pour montrer la qualité de l’industrie allemande, l’entreprise Zeiss a tout fait pour rendre ce moment unique. Par ailleurs, cet événement a été diffusé à l’échelle internationale en direct. L’occasion pour les dirigeants allemands d’organiser une célébration à la mairie de Berlin.

L’histoire retiendra que Konstantin Kondylis a été le premier relayeur de la flamme olympique. À ce titre, il est inscrit dans le livre Guinness des Records. C’est lui qui est parti d’Olympie pour réaliser le premier kilomètre. Lors de son départ, il a même eu le droit à un message d’encouragement du Baron Pierre de Coubertin.

Un timbre à l’effigie du premier relais de la flamme olympique

12 jours plus tard, la flamme olympique est arrivée à l’Olympiastadion de Berlin. Un parcours de 3 075 kilomètres réalisé par 3 075 relayeurs (dès le lendemain, plusieurs centaines de relayeurs ont ramené la torche à Grünau et Kiel, villes-hôtes de certaines épreuves mais ils n’entrent pas dans le décompte officiel du CIO). Chaque relayeur a eu pour mission de parcourir son kilomètre en cinq minutes.

Tout le monde avait appris son secteur par cœur ainsi que le suivant en cas de problème. C’est également pour cette raison que la torche a été conçue pour pouvoir brûler pendant dix minutes sans interruption. Krupp, l’entreprise à l’origine de la production des torches a misé sur un combustible à base de magnésium pour y arriver. On pouvait y voir plusieurs inscriptions mais surtout l’aigle impérial accompagné des anneaux olympiques.

Le succès du premier relais de la flamme olympique l’a rendu incontournable

À une époque où les frontières étaient encore étanches, des efforts ont été faits pour permettre à ce qui est devenu un symbole de l’olympisme de traverser la Grèce, la Bulgarie, la Yougoslavie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne. Dans chaque capitale, une manifestation spéciale pour célébrer l’événement a eu lieu.

L’ensemble de ce périple qui a été un succès international a été porté à l’écran par Leni Riefenstahl, une réalisatrice à la main du parti nazi, dans le film Olympia. Un moyen pour l’Allemagne nazie de faire la promotion de son idéologie. En effet, tous les participants au relais étaient des hommes blancs censés vanter la supériorité de la race aryenne.

Un choix supervisé par Joseph Goebbels en personne. C’est notamment pour cette raison que Fritz Schilgen, spécialiste du 1500m mais jamais sélectionné pour les JO, a été en charge de l’allumage de la flamme olympique à Berlin le 1er août. Il avait été choisi pour être le « symbole de la jeunesse sportive allemande » notamment grâce à son style de course jugée comme agréable.

Des considérations bien éloignées de ce qu’est devenu le relais de la flamme olympique contemporaine. Devenu incontournable et transposé aux Jeux olympiques d’hiver mais aussi paralympiques ou de la jeunesse, c’est devenu le symbole même d’un sport apolitique malgré les controverses qui ont entouré certains relais du XXIe siècle.

Nicolas Kohlhuber (@KohlhuberN)

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