Draft NBA : Lusia Harris, une femme dans l’histoire du basket

Lusia Harris, première femme draftée de l'histoire

La draft NBA se tient ce jeudi soir. Un événement suivi avec énormément d’attention par tous les fans de basket et durant lequel les surprises, quand elles existent, restent à la marge. En 1977 pourtant, un véritable séisme avait secoué le monde du basket avec le choix des New Orleans Jazz : Lusia Harris, une femme.

La Draft NBA s’annonce passionnante ce jeudi soir. La cuvée 2019 est très intéressante avec quelques jeunes joueurs d’exception. Et si Zion Williamson, le très probable numéro 1 fait beaucoup parler de lui, il ne surprendra jamais autant le monde du basket que le 137eme choix de la draft 1977.

Au septième tour du rendez-vous annuel de la NBA, les New Orleans Jazz avaient sélectionné… une femme. Lusia Harris a marqué l’histoire de son sport en étant une femme draftée par une franchise NBA. Huit ans plus tôt, Denise Long avait déjà eu cet honneur mais le règlement avait invalidé le choix des San Francisco Warrios.

Lusia Harris est donc le seul choix féminin officiellement reconnu dans l’histoire de la Draft NBA. Malgré cela, elle n’a jamais joué la moindre minute dans le basket professionnel masculin. 

Trois titres universitaires en quatre ans pour Lusia Harris

Née en 1955, Lusia Harris baigne dans le basket au sein d’une famille de onze enfants. La native du Mississippi se passionne vite pour la balle orange et s’illustre dès son cursus au lycée. Au sein de l’établissement Amanda Elzy de Greenwood, elle remporte le trophée de MVP trois saisons consécutives.

Ses performances comme une sortie à 46 points, lui permettent d’être honorée au niveau de l’Etat. Une fois diplômée, vient pour elle le choix de l’Université. Annoncée à Alcorn State, elle opte finalement pour Delta State en 1973 afin de poursuivre sa carrière de basketteuse. L’intérieure fait parler son mètre 90 pour dominer ses adversaires dans les raquettes. Après une première saison moyenne d’un point de vue collectif, la domination de Luisa Harris est totale. Et son équipe rayonne lors du championnat national universitaire 1974-75.

Pile au bon moment car les matchs sont télévisés à l’échelle nationale pour la première fois de l’histoire. Toute l’Amérique peut alors découvrir cette joueuse qui termine le tournoi national avec 34,5 points de moyenne. Invaincue toute la saison, son équipe est sacrée. Un phénomène est née. L’année suivante, elle réédite une performance XXL en finale avec 30 points et 18 rebonds.

Même au Madison Square Garden pour un des premiers matchs féminin de l’histoire de la Mecque du Basket, elle livre un match titanesque avec 47 points. À la fin de son cursus universitaire, Lusia Harris présente des moyennes de 25,9 points et 14,5 rebonds par match et surtout trois titres nationaux en quatre saisons. Colossal. Certains observateurs de l’époque pensaient qu’il était impossible qu’une femme domine le basket comme elle l’a fait. 

Luisa Harris et le premier panier de l’histoire du basket féminin olympique

Sa renommée dépasse vite le cadre du sport universitaire puisqu’en 1976, encore étudiante, elle participe au premier tournoi féminin de basket aux Jeux olympiques de Montréal. La native de Minter City marque même l’histoire en inscrivant les deux premiers points de l’histoire de la compétition contre le Japon.

Une plaque en l'honneur de Lusia Harris à Minter City
Une plaque en l’honneur de Lusia Harris à Minter City

Elle termine la compétition avec une moyenne de 15 points et 7 rebonds par match. Mais l’épreuve olympique s’achève sur une note moins joyeuse puisque l’URSS triomphe et Team USA se contente de la médaille d’argent. Mais déjà beaucoup mieux que l’année précédente quand avec l’équipe nationale elle termine huitième des championnats du Monde. Déjà omniprésente dans les livres d’histoire, c’est en 1977 que Lusia Harris bouleverse définitivement le paysage du basket.

Une draft NBA et une poignée de match en pro

Au 7ème tour de la draft 1977 avec le 137ème choix, les New Orleans Jazz la choisissent. Elle n’avait pourtant pas voulu franchir le cap en rejoignant le monde du basket professionnel masculin. Et la réaction rapportée par les journaux du Mississippi le prouve bien. « Draftée par une équipe masculine, moi ?!? » aurait-elle réagi. Elle ne franchit finalement jamais le pas. Enceinte, elle ne participe pas aux entraînements et ne foule pas une seule fois un parquet NBA. Elle préfère rester au sein de son université pour qui elle travaille en tant que conseillère au niveau des admissions.

Bien loin du strass et des paillettes de la NBA, elle passe finalement professionnelle en 1979 pour jouer quelques matchs de saison régulière avec les Houston Angels dans le championnat professionnel féminin. Seulement cinq mois après avoir accouchée. Son état de forme n’est pas suffisant pour lui permettre de dominer le jeu comme elle en avait l’habitude. Après trois rencontres de play-offs, c’est déjà l’heure de la retraite sportive à seulement 25 ans, la faillite du championnat féminin professionnel mettant un terme à ses espoirs de retour.

Malgré sa très petite carrière en professionnelle, Lusia Harris est une grande dame du basket et fait partie du Hall of Fame du basket et de celui du sport féminin américain. Des honneurs très importants pour celle qui a été plus longtemps professeure d’éducation physique qu’athlète. Elle renoue finalement avec le basket au début des années 80 mais toujours loin du professionnalisme et à proximité de Delta State. Elle devient coach-adjointe de l’équipe féminine de son ancienne université, là où elle a temps brillé. Sans sa grossesse ou la faillite de la WBBL, Lusia Harris aurait peut-être été l’une des plus grandes athlètes du sport féminin. Finalement, elle n’est qu’une légende. Et c’est déjà énorme.

Nicolas Kohlhuber (@KohlhuberN)

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